Le Parigot et les girolles ...
Toujours suspect, un colis que tu n’attendais pas… De plus, lorsque tu lis sur l’étiquette le nom de ton beauf’ tout en reconnaissant l’écriture de ta sœur, tu te dis « méfiance, encore une histoire de famille ». Vigilance oblige. Comme dans un film de Lautner, tu balances le paquet escomptant l’explosion synchro en fin de chute. À la une, à la deux, à la trois… rien ! Tu reprends l'objet devant les regards interloqués des postiers et des acheteurs de timbres. En pareille situation, la seule parade possible, c’est d’adopter ce petit air de rien d’un Pierre Richard. Arrivé chez toi, tu te fais vite couler un bain, pas pour te détendre, mais pour noyer cette chose. Au bout de quelques heures, tu estimes que les risques ont sérieusement diminué. Alors, tel un Barney de Mission Impossible, tu commences le long et délicat travail d’ouverture, sachant que la moindre maladresse peut t’être fatale. Les gouttes de sueur perlent sur tes tempes, mais comme t’es pas black, le chef op’ s’inquiète déjà des rushes. Enfin, ça y est, le carton cède. Ouf ! Je suis toujours vivant et, surprise, des champignons ! Des champignons ?! Vite, courrons chez le pharmacien, des fois que l’on soit revenu à la bonne vieille méthode des Médicis : l’empoisonnement. Évidemment, à Paris comme ailleurs, dans les pharmacies on t’attend. C’est vrai, par civisme, en pareil endroit, on pourrait penser au déficit de la Sécu, mais en l’occurrence, rien à faire. Cette diabolique machination vire chez moi à l’obsession. Tu es soulagé quand ton tour arrive, sauf que tu tombes sur l’apprenti, qui est seulement expert ès champignons de Paris, variété qui a la particularité de se développer dans des boîtes métalliques. Réflexe judicieux, le brave jeune homme se tourne vers son chef qui, spontanément, s’exclame : « Des girolles ! ». Moi, d’un air interrogateur : « C’est dangereux ? ». Et puis tant pis ! Malgré toutes ces incertitudes, je vais les manger, ces champignons. Et tout seul. Même s’il y en a facilement pour deux, je ne vais tout de même pas faire courir le risque à d’autres… Risque de se régaler, bien sûr. Lettre authentique faisant suite à un authentique envoi d'authentiques girolles. Hommage posthume. |